
Penser au travail de demain, aux courses, au rendez-vous médical d’un enfant, au message auquel on n’a pas répondu, au repas du soir ou à l’activité du mercredi qu’il faudra réorganiser.
Aucune de ces choses n’est nécessairement très compliquée. Mais leur accumulation finit par occuper une place considérable.
Certaines périodes — rentrée, vacances, fêtes, changements ou imprévus — peuvent encore accentuer cette charge. Mais pour beaucoup, elle constitue une toile de fond permanente du quotidien.
D’où vient-elle? Pourquoi est-elle si fatigante? Et surtout, que peut-on faire pour l’alléger?
Qu’est-ce que la charge mentale?
Le terme de « charge mentale » est aujourd’hui très utilisé, mais il ne désigne pas une réalité parfaitement délimitée. Il peut renvoyer à la quantité de choses à faire, au temps qu’elles demandent, au travail nécessaire pour les organiser. Et bien sûr, tout simplement au sentiment d’être débordé.
Dans la vie quotidienne, la charge mentale ne correspond donc pas simplement au nombre de tâches accomplies. Préparer un repas, par exemple, ne consiste pas seulement à cuisiner: il faut décider quoi manger, vérifier ce qui manque, prévoir les courses. Et encore tenir compte des horaires et préférences de chacun…
Derrière les tâches visibles se trouve ainsi tout un travail moins visible: se souvenir, anticiper, planifier, décider, coordonner et vérifier. Cette dimension devient particulièrement importante avec des enfants, dont il faut anticiper une partie des besoins: santé, école, vêtements, activités, déplacements ou vacances.
Mais la charge mentale ne s’arrête pas à la famille. Le travail, les démarches administratives, la vie sociale, les loisirs et les imprévus génèrent eux aussi des choses à suivre et à ne pas oublier.
Dans cet article, le terme de charge mentale est entendu dans son sens large (et sans doute le plus usuel). On parle bien ici de l’ensemble des tâches et responsabilités familiales, professionnelles et personnelles qui demandent du temps et de l’organisation.
Pourquoi est-ce si fatigant?
Certaines activités demandent beaucoup d’efforts tout en occupant relativement peu l’esprit une fois terminées. On peut travailler plusieurs heures sur un projet complexe, puis fermer son ordinateur en sachant que le travail reprendra demain.
La vie quotidienne fonctionne souvent autrement.
Une grande partie de sa charge est constituée d’une multitude de petites choses dispersées: penser à prendre rendez-vous, acheter quelque chose, répondre à un message, inscrire un enfant à une activité, préparer une réunion, organiser le week-end.
Notre mémoire doit alors maintenir des intentions concernant des moments et des domaines différents. Les psychologues parlent notamment de mémoire prospective pour désigner notre capacité à nous souvenir de quelque chose que nous devrons faire plus tard.
À cela s’ajoutent de fréquents changements de contexte. Nous passons du travail à une question concernant les enfants, puis à une démarche administrative, avant de revenir au travail. Chaque élément pris isolément paraît parfois dérisoire. C’est aussi leur dispersion qui fait leur coût.
Il faut enfin anticiper. Une partie importante de l’organisation familiale consiste précisément à éviter les problèmes avant qu’ils ne surviennent. Quand ce travail est bien fait, il est paradoxalement presque invisible. Les vêtements sont disponibles quand ils deviennent nécessaires, les inscriptions sont faites dans les délais et les rendez-vous ont été pris.
Finalement, le poids d’une tâche dépend donc moins du temps qu’elle prend que de l’attention qu’elle mobilise durablement, notamment par l’anticipation, les interruptions et les changements de tâche.
Avons-nous vraiment plus de choses à gérer qu’avant?
Nous avons facilement l’impression que la vie moderne nous impose toujours davantage de choses à gérer. Les données historiques invitent pourtant à nuancer cette idée.
- Certaines tâches domestiques matérielles ont considérablement diminué au cours du dernier siècle grâce à l’électroménager, aux services, aux produits préparés ou à l’automatisation.
- À l’inverse, le temps consacré aux enfants et certaines exigences associées à la parentalité ont augmenté dans plusieurs pays et certains groupes sociaux.
- Le numérique, quant à lui, facilite de nombreuses tâches, tout en multipliant les messages, plateformes, notifications et possibilités d’être sollicité.
La charge mentale a donc sans doute changé de nature. Certaines tâches matérielles prennent certes moins de temps, mais davantage de choses sollicitent aujourd’hui notre attention et notre énergie. On constate en effet une multiplication des informations et des sollicitations, des exigences plus élevées, des activités plus nombreuses, une porosité entre travail et vie privée, etc.
La charge mentale est-elle inégalement répartie?
La question de la charge mentale est historiquement étroitement liée à celle du partage des responsabilités familiales, et notamment aux inégalités entre femmes et hommes.
En 2024, les femmes en Suisse consacraient davantage de temps au travail domestique et familial que les hommes (32,4 contre 22 heures par semaine). Cependant, l’écart de charge totale de travail est plus faible (57,2 contre 54,3 heures).
Il y a donc surtout une répartition différente des types de travail – et sans doute une plus grande variété de tâches à gérer pour les femmes. En outre, regarder uniquement qui réalise les tâches ne permet pas nécessairement de savoir qui porte la responsabilité de leur organisation.
Une personne peut recevoir beaucoup d’aide et continuer malgré tout à porter l’essentiel de la charge mentale. Elle reste celle qui identifie les besoins, organise les choses, distribue certaines tâches et vérifie qu’elles ont été réalisées.
Les recherches consacrées spécifiquement à ce travail cognitif domestique indiquent qu’il reste généralement davantage assumé par les femmes dans les couples hétérosexuels étudiés. En particulier lorsqu’il s’agit d’anticiper les besoins des enfants et d’en assurer le suivi (Reich-Stiebert et al., 2023).
Bien sûr, le but n’est pas d’opposer hommes et femmes. Il s’agit plutôt de rendre visible l’ensemble du travail nécessaire au fonctionnement de la famille et de se demander si sa répartition est satisfaisante pour les personnes concernées.
Tout ce qui occupe notre esprit est-il vraiment indispensable?
Une partie de la charge mentale est incompressible. Il faut nourrir les enfants, prendre soin de leur santé, travailler, entretenir son logement ou accomplir certaines démarches. Mais toutes les contraintes qui occupent notre esprit n’ont pas le même statut.
Nous accumulons aussi des engagements et des exigences qui paraissent raisonnables pris séparément: activités des enfants, repas équilibrés, travail, vie sociale, vacances, sport, maison à entretenir…
Le problème apparaît dans l’accumulation.
Nos propres standards peuvent aussi augmenter la charge. Cela ne signifie pas que celle-ci serait juste une conséquence du perfectionnisme. Une famille peut objectivement avoir trop à gérer ou souffrir d’une répartition inégale des responsabilités. Mais nos exigences influencent aussi ce qu’il nous semble possible d’abandonner ou de déléguer.
Et c’est là que les choses deviennent difficiles :
- renoncer à une activité extrascolaire peut donner l’impression de ne pas en faire assez pour son enfant
- confier les repas à son partenaire peut demander d’accepter une autre manière de faire
- déléguer suppose parfois de renoncer à une partie du contrôle
Sur le papier, simplifier paraît facile. Dans la vie réelle, chaque changement peut avoir un coût pratique, émotionnel ou relationnel.
Comment alléger réellement sa charge mentale?
Lorsqu’on se sent débordé, la première tentation est souvent de chercher une nouvelle méthode d’organisation. Un meilleur agenda, une nouvelle application ou une liste plus efficace peuvent aider. Mais ces outils ne réduisent pas automatiquement la quantité de responsabilités à assumer.
Il peut donc être utile de commencer par mettre à plat ce qui occupe réellement du temps et de l’espace mental: travail, repas, ménage, enfants, école, santé, démarches administratives, loisirs, vie sociale, vacances… Pour chaque domaine, le temps qu’il demande et la place qu’il occupe dans la tête ne vont pas nécessairement ensemble.
Cette mise à plat permet ensuite d’identifier trois grands leviers: mieux organiser ce qui doit rester, répartir autrement ce qui peut l’être, et réduire ou simplifier certaines contraintes. L’outil proposé en fin d’article pour faire le point sur sa charge mentale permet d’explorer concrètement ces différentes possibilités.
En bref
La charge mentale vient moins d’une tâche particulière que de l’accumulation de responsabilités qui mobilisent continuellement notre attention. Elle dépend de ce que nous avons à gérer, mais aussi de la manière dont ces responsabilités sont réparties et organisées.
Alléger sa charge mentale ne consiste donc pas seulement à devenir plus efficace. Il s’agit aussi de déterminer plus clairement ce qui mérite réellement notre temps et notre attention, ce qui peut être partagé, et ce que nous pouvons accepter de laisser de côté.
Faire le point sur sa propre charge mentale
Lorsqu’on a beaucoup de choses en tête, il n’est pas toujours facile de savoir ce qui pèse réellement le plus, ni ce qui pourrait être changé. Pour vous aider à faire le point sur votre charge mentale, j’ai préparé un outil gratuit, à télécharger ci-dessous. Il permet d’identifier ce qui prend le plus de temps et d’espace mental, puis de réfléchir à ce qui peut être mieux organisé, réparti, simplifié ou abandonné.
Ressources associées
Voir aussi: pages Stress et surcharge mentale, Transitions de vie; article Être parent sans s’épuiser