Éco-anxiété : une inquiétude légitime

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Un bloc de glace se détache d’un glacier, évoquant la fonte des glaces liée au réchauffement climatique

Le changement climatique, l’effondrement de certains écosystèmes ou le dépassement des limites planétaires suscitent des inquiétudes légitimes. Pour beaucoup de personnes, il ne s’agit pas d’une peur irrationnelle, mais d’une prise de conscience lucide de menaces réelles, complexes et durables.

L’éco-anxiété n’est pas un trouble psychologique. C’est même souvent une réaction normale face à une situation préoccupante. Cependant, des difficultés peuvent apparaitre lorsque cette inquiétude devient envahissante, nourrit un sentiment d’impuissance ou finit par occuper toute la place.

Pourquoi cette inquiétude est-elle si difficile à gérer?

Notre cerveau est très efficace pour résoudre des problèmes concrets.

Nous avons faim: nous mangeons. Nous avons froid: nous mettons un pull. Une douleur apparaît pendant un effort: nous interrompons cet effort. Dans chacune de ces situations, nous pouvons rapidement vérifier si notre action a fonctionné.

Le changement climatique présente une structure très différente. Il s’agit d’un phénomène mondial, progressif et complexe, qui résulte d’interactions entre les écosystèmes, l’économie, la technologie et les décisions politiques. Surtout, aucun individu ne peut le résoudre à lui seul.

Même lorsque nous modifions profondément notre mode de vie, les effets de nos efforts restent largement invisibles à notre échelle. Ce décalage entre l’ampleur du problème et notre faible pouvoir d’action nourrit facilement un sentiment d’impuissance.

Pourquoi s’informer peut parfois aggraver l’anxiété

Face à une menace, notre premier réflexe consiste souvent à chercher davantage d’informations. C’est une démarche utile : comprendre un problème permet de prendre de meilleures décisions.

Mais cette stratégie peut aussi se retourner contre nous.

À force de consulter les actualités, les réseaux sociaux ou les vidéos consacrées au climat, certaines personnes finissent par entretenir un état d’alerte permanent. Chaque nouvelle catastrophe rappelle l’ampleur du problème sans apporter de solution immédiate. On s’informe pour reprendre le contrôle… mais cette information renforce parfois le sentiment d’impuissance, ce qui pousse à consulter encore davantage les actualités.

Un véritable cercle vicieux peut alors s’installer.

La solution n’est pas d’éviter les informations sur le climat, mais de développer une forme d’hygiène informationnelle. Il est généralement préférable de privilégier quelques sources fiables, de consulter l’actualité à des moments choisis plutôt qu’en continu et de préférer les analyses de fond aux réactions immédiates sur les réseaux sociaux.

Une question simple peut servir de repère : « Est-ce que cette information améliore réellement ma compréhension du sujet ou ma capacité à agir? » Si la réponse est non, il est peut-être temps de refermer l’article… ou de poser son téléphone.

Comment retrouver un sentiment d’efficacité ?

Modifier quelques comportements

Personne ne peut résoudre seul le changement climatique. En revanche, chacun peut contribuer.

Les principaux leviers individuels concernent les transports (par ex. éviter l’avion), l’alimentation (par ex. limiter la viande), le logement (par ex. améliorer l’isolation) et la consommation de biens (par ex. garder ses appareils plus longtemps).

L’objectif n’est pas d’être irréprochable, mais de choisir quelques changements réalistes, compatibles avec son mode de vie et suffisamment importants pour avoir un impact.

Agir avec d’autres

Le changement climatique est un problème collectif. Il est donc logique qu’une partie des solutions le soit également.

Participer à une association, rejoindre une initiative locale, contribuer à un jardin partagé ou à un projet de transition écologique permet souvent de sortir de l’isolement.

Des réseaux tels qu’Alternatiba ou le Transition Network, ainsi que des organisations comme Pro Natura ou le WWF, offrent différentes possibilités de bénévolat ou d’engagement. Lorsqu’on dispose de moins de temps, un soutien financier peut également constituer une manière de contribuer.

Agir avec d’autres ne réduit pas seulement les émissions: cela renforce aussi le sentiment d’efficacité, le soutien social et la capacité à maintenir son engagement dans la durée.

Nous pouvons aussi agir en tant que citoyen, parent, enseignant, professionnel, responsable d’équipe ou membre d’une association. Les décisions prises dans le cadre du travail — achats, déplacements, restauration, organisation — ont parfois un impact bien supérieur à nos seuls choix de consommation.

Continuer à vivre

Le changement climatique est un enjeu majeur, mais il n’a pas vocation à devenir le centre permanent de notre vie psychique.

Préserver du temps pour ses proches, ses loisirs, la nature, la création ou d’autres projets personnels n’est ni un déni ni une faute morale. C’est au contraire une condition d’un engagement durable.

Accepter une part d’incertitude

Personne ne sait précisément ce que sera le monde dans dix, trente ou cinquante ans.

Les risques sont importants, mais l’avenir reste ouvert. Les crises peuvent s’aggraver, mais elles peuvent aussi donner lieu à des innovations, à de nouvelles formes de coopération, à des adaptations ou à des transformations politiques aujourd’hui difficiles à prévoir.

Reconnaître cette incertitude ne revient pas à minimiser les enjeux. Cela permet simplement d’éviter de considérer que tout est déjà joué.

Demander de l’aide si nécessaire

L’éco-anxiété devient parfois suffisamment envahissante pour perturber le sommeil, la concentration ou la vie quotidienne.

Lorsque c’est le cas, en parler avec des proches, rejoindre un groupe ou consulter un psychologue peut être utile. L’objectif n’est pas de faire disparaître toute inquiétude, mais de retrouver une manière de vivre et d’agir compatible avec ses ressources et ses valeurs.

En résumé

L’éco-anxiété n’est généralement pas le signe d’un dysfonctionnement psychologique. C’est souvent la conséquence d’une confrontation lucide à un problème immense.

Face à cette réalité, une action utile n’a pas besoin d’être spectaculaire. Elle gagne à être

  • concrète, en s’appuyant sur quelques objectifs précis et réalistes
  • proportionnée, en restant compatible avec ses ressources et ses contraintes
  • collective, en s’inscrivant dans des projets ou des engagements partagés
  • et durable, afin de pouvoir être maintenue sans épuisement ni culpabilité excessive.

Le but n’est donc pas d’en faire le maximum, mais de trouver une manière d’agir suffisamment utile et réaliste pour rester engagé dans la durée.

Il n’est pas non plus nécessaire de s’obliger à être optimiste. Une position plus féconde consiste à cultiver un espoir lucide: reconnaître la gravité des enjeux sans considérer que tout est déjà joué, accepter les limites de son pouvoir sans conclure à l’impuissance, et garder à l’esprit que l’avenir comporte autant de risques que de possibilités d’adaptation.

Ressources associées: page Anxiété et préoccupations excessives; article Pourquoi je m’inquiète tout le temps?

Voir aussi ce podcast: Valérie Masson-Delmotte: Comment agir enfin pour le climat? (émission Inspire, RTS).

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